Chapitre 006 Samuel et le Mangemort

Nouvelle
mardi 19 avril 2005
par  Benoît
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La nuit était tombée.
L’infirmerie semblait déserte quand Samuel Finelame ouvrit les yeux, toujours allongé dans son lit.
Un épais croissant de lune éclairait la pièce d’une lumière blafarde à travers la haute fenêtre du château de Beauxbâtons. La nuit était claire et le jeune patient pouvait voir assez bien les détails de la chambre dans laquelle il se trouvait une fois que ses yeux se furent habitués à l’obscurité.

Sur une chaise usée, au bout du lit, quelques vêtements lui appartenant étaient posés, sagement pliés. Sa baguette de sorcier était posée en travers sur la petite pile.
Contre le mur de gauche, une longue étagère regorgeait de potions diverses aux couleurs vives avec de vieilles étiquettes semblables à celles des pots de confiture que faisait la mère de Sam quand il était enfant. Au-dessus de l’étagère des herbes séchées étaient pendues à quelques crochets et répandaient un parfum d’hôpital dans la pièce tranquille.

Se retournant vers la fenêtre, l’élève crut apercevoir dehors une ombre furtive passer entre deux buissons du parc. Légèrement surpris, Sam se redressa contre son épais oreiller pour regarder l’extérieur avec plus d’attention.
Le jardin du château était vide et calme. Une légère brise caressait les feuilles des arbres centenaires.

Soudain il distingua un nouveau mouvement. Une silhouette venait de sortir d’un buisson bordant une allée sablée pour s’approcher du bâtiment en restant courbé. Était-ce l’obscurité de la nuit ou bien Sam avait-il vraiment remarqué que l’inconnu portait un long manteau à capuche noir qui le dissimulait entièrement ?
Vraiment intrigué maintenant, le patient de Dora décida de se lever pour aller à la fenêtre car l’apparition continuait d’approcher et sortait de son champ de vision en arrivant près du pied du mur.
Samuel posa ses pieds nus sur le carrelage de l’infirmerie. Il frissonna. Il portait une longue chemise de nuit blanche qui lui descendait jusqu’aux genoux. Malgré le froid de la nuit le garçon se sentait beaucoup mieux : il avait complètement récupéré de son épuisant sortilège de la veille. Baissé, pour éviter d’être remarqué de l’extérieur, il s’approcha de la chaise pour attraper sa baguette.

Sam se demandait qui pouvait bien se promener dehors à cette heure. Et vu son attitude et son accoutrement, l’inconnu cherchait à rester discret. Le contact du manche de sa longue baguette magique le rassura. Maintenant, il était armé et il se savait capable d’affronter nombre dangers. Non pas qu’il se sentait réellement menacé. Son tuteur, le vieux mage Kulgan, était le premier à lui avoir assuré que nul endroit au monde n’était plus sûr qu’une école de sorcellerie... et à plus forte raison celle de Beauxbâtons. Samuel avait confiance en son jugement et d’ailleurs ses parents eux-mêmes avaient fait le même choix quand ils l’avaient envoyé ici en première année à une époque où les Mangemorts les traquaient de près.
Son cœur se serra à la pensée de ses parents disparus. Mais la curiosité repris le dessus et Sam s’approcha doucement de la fenêtre. Dehors, l’ombre silencieuse n’était plus visible. Elle devait maintenant longer le mur de l’école.
Peut être était-ce un élève audacieux qui rentrait d’une escapade nocturne, songea Sam en arrivant à la fenêtre...

Qui explosa en mille éclats de verre dans un bruit cristallin quand l’ombre bondit dans la chambre !
Bousculé par la forme obscure, Samuel tomba à la renverse, sa tête cogna contre le bord du lit et il laissa échapper sa baguette, qui glissa sur le carrelage pour s’arrêter sous le lit. Un coup d’œil suffit au jeune garçon pour se rendre compte qu’il faudrait ramper sous le sommier pour la récupérer. Il se retourna pour faire face à ce qui venait d’entrer avec fracas dans l’infirmerie.
Le dominant de toute sa hauteur, la forme noire restait impénétrable, protégée du regard du pauvre garçon au sol par le contre-jour de la lumière lunaire. Repensant à la légende du soricer Harry Potter, Samuel Finelame eut soudain l’impression poignante que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom en personne se dressait là devant lui, terrible et menaçant.

« Samouïl Sigrinovich... » fit une voix terriblement grave et lente, comme un dernier souffle.

L’apparition tira alors une courte baguette de sa manche pour la lever lentement au-dessus du garçon terrifié.

« L’Ombre connaît maintenant ton nom, Samouïl Sigrinovich... susurra la forme encapuchonnée. Ton châtiment peut être prononcé... »

Complètement paniqué, Samuel réussit à retrouver assez de présence d’esprit pour se souvenir de sa baguette, coincée sous le lit. Il se retourna pour s’allonger sur le ventre et tendit la main en direction de son arme de sorcier. Son bras était trop court et il ne parvint pas à saisir la baguette.

« Avada... » entama le terrible sorcier qui le surplombait.

Samuel Finelame connaissait ce monstrueux sort de mise à mort, le plus horrible des Sortilèges Impardonnables utilisé par les Mangemorts. Il connaissait ce timbre de voix, cette intonation qu’il avait déjà entendu mille fois dans ses cauchemars... un songe qui revenait sans cesse, lui faisant revivre la mort de ses parents.
D’un mouvement désespéré, Sam tenta de rompre la concentration du sorcier en lui donnant un coup de pied dans les jambes... mais son mouvement ne fit que soulever l’étoffe sombre de son adversaire, qui semblait léviter au-dessus du sol.

« ... Kedavra ! » termina la voix profonde et puissante.

En poussant un cri de terreur, Samuel se réveilla.

Ambre, qui profitait du matin pour venir apporter son animal de compagnie à Samuel, entra dans la chambre. Elle tenait le lapin et le balai de Sam dans ses bras. Elle sursauta en entendant le cri du garçon et elle alluma la lumière en tremblant. Kaede, qui avait veillé dans un fauteuil eu bout du lit, commençait à s’éveiller, les yeux encore embrumés de sommeil.
Samuel paraissait secoué, ébranlé par son cauchemar. Elle s’approcha de lui, doucement.

« Bonjour, Samuel. Tu... tu vas bien ? Je venais te rapporter ton balai... et ton lapin. »

Elle s’avança pour déposer ce qu’elle avait apporté au bout du lit.
La porte de l’infirmerie s’ouvrit à noueau et Dora fit irruption, vêtue de son nouveau pyjama rose à cœurs. Elle était toute décoiffée et se frottait les yeux pour se réveiller en regardant dans la chambre.

« Hé bien, mademoiselle, que faites-vous ici à cette heure ? Ce n’est même pas encore le petit-déjeuné... tu devrais encore être au lit... et moi aussi. »

Elle se tourna vers le patient.

« Et toi, pourquoi tu ne dors pas ? »

Elle ouvrit la bouche pour entamer un long bâillement avant de s’éloigner un moment pour revenir peu après avec un ours en peluche dans ses bras.

« Je vous écoute » fit-elle, très sérieuse.

Ambre rougit.

« Je suis désolée, mademoiselle. Je venais rapporter les affaires qu’il avait oubliées dans le bureau... »

Elle baissa la tête, comme si elle savait que ses explications ne suffiraient pas.

« Mais je peux revenir plus tard si vous voulez. »

Le regard encore plongé dans les images de son rêve, Samuel ne remarque même pas l’infirmière et sa peluche, qui l’aurait beaucoup fait rire s’il avait été dans son état normal.
Malgré son jeune âge, Sam avait toujours considéré qu’il était devenu un homme le jour de la mort de ses parents et il considérait donc comme puérils tous les signes lui rappelant l’enfance qu’il avait quitté si tôt.
Le garçon s’assit dans son lit et regarda Ambre et Dora, qui le fixaient d’un air inquiet.

« Ça va, ça va, marmonna-t-il, un peu gêné d’être au centre de toute cette attention. Je n’ai rien... J’ai simplement fait... un mauvais rêve. »

Il frissonna en repensant à la terrifiante silhouette qui le dominait ici même, il y a à peine quelques instants... Il regarda le carrelage, à l’endroit où, dans son cauchemar, il s’était retrouvé coincé, dos au lit, face à la créature maléfique.

Puis il s’aperçut qu’Ambre lui tendait son vieux balai. Il sourit en le voyant. C’était vraiment un balai pitoyable, usé et râpé, tordu et fendu, peut-être le pire de tous les balais de l’école. Il se dit que n’importe quel placard de ménagère devait contenir de meilleurs outils. Mais celui-ci était spécial. C’était le balai de Gustav Sigrinovich, un balai unique.
Samuel était en train de songer aux possibilités de réparations que pourrait sans doute offrir l’équipe de Quidditch de la Maison Liwi quand il sentit à travers la couverture s’enfoncer doucement les petites pattes de « Quenottes », qu’Ambre avait du déposer.
Le lapin blanc escalada les draps pour venir frotter son museau rose contre l joue du jeune garçon.

« Merci, fit-il, sincèrement reconnaissant envers la jeune fille au loup. Je ne sais pas comment te remercier... En tout cas je serais très honoré d’être ton ami, si tu veux bien. »

Il se tourna vers Dora Durozier, qui caressait son ours en peluche.

« Je suis désolé de vous avoir réveillée en pleine nuit... »

Il chercha des yeux sa baguette.
Serlena Keina lui avait donné la consigne, judicieuse, de toujours la conserver près de lui... et après un tel cauchemar il se sentirait plus en sécurité s’il pouvait serrer sa baguette avant de s’endormir...

« Personne n’aurait vu ma baguette magique ? » demanda-t-il aux deux autres, qui commencèrent à tourner la tête pour regarder autour d’elles.

Pris d’une subite intuition, Sam se pencha par-dessus le bord du lit, renversa la tête pour regarder sous le sommier.

La baguette était sous le lit.

Ambre avait déposé le lapin sur le lit et le voyait escalader les draps. Elle n’eut même pas l’ombre d’un sourire. La jeune fille se retourna et regarda l’infirmière, elle remarqua que celle-ci avait un ours en peluche dans les mains.

« Ce n’est pas l’infirmière » pensa-t-elle soudainement en la voyant avec sa peluche. Elle ne prêta qu’une oreille distraite à ce que Samuel disait et mit un moment avant d’analyser sa phrase.

« Mon ami... répéta-t-elle. Je n’ai jamais eu d’ami donc, je pense que je ne ferai pas une bonne... euh... amie. »

Elle se tut et entendit un grattement à la porte. Ambre se dirigea vers celle-ci, elle l’ouvrit et découvrit son loup blanc.

« T’en as fait du chemin. » lui dit-elle.

Le loup sembla lui murmurait quelque chose auquel elle répondit.

« Oui, je sais très bien que c’est risqué mais ne t’inquiètes pas pour moi. »

Ambre fit entrer le loup qui s’assit au pied du lit et regarda le lapin d’un œil gourmand.

« Non Escalua, ce n’est pas à manger. »

Le loup dressa l’oreille et la regarda avec des yeux tristes. Elle lui répondit d’un sourire. Le loup ne cessa pas d’observer ce lapin qu’il avait envie de saisir dans sa gueule pour le dévorer.

Samuel sentit sa gorge se nouer.

Que diable pouvait bien faire sa baguette magique ici ? Il n’avait aucun souvenir de l’endroit où elle avait été déposée quand on l’avait amené à l’infirmerie mais il n’y avait aucune raison explicable pour qu’elle se retrouve... sous le lit.

Comme dans le rêve.

Sam en venait à se demander s’il avait bel et bien rêvé...
Après tout il avait déjà eu une étrange hallucination la veille en allant rendre visite au directeur Tempus Nariut...
Mais le cauchemar ne pouvait être réel : Sam avait parfaitement entendu l’ombre articuler le maléfice impardonnable, un sortilège qui entraîne la mort de sa cible, sans aucune exception...

Tout cela était bien compliqué...
Le jeune patient se redressa et passa une main dans ses cheveux ébourrifés en s’excusant.
Ambre paraissait embarrassée par sa proposition.

« Ne t’inquiète pas, lui répondit-il, je ne te demanderai rien de particulier en tant qu’ami... et... j’avoue que moi non plus, je n’ai pas vraiment d’amis non plus. On apprendra ensemble alors, si tu veux bien. »

Il jeta un coup d’œil à Escalua, qui fixait « Quenottes » d’un air glouton.

« Et euh, essaie de garder ton loup à distance, je ne voudrais pas que mon lapin lui serve de petit-déjeuner. »

L’infimrière était moins complaisante. Elle regardait le loup d’un air mécontent.

« Je n’aime pas être réveillée en pleine nuit et en plus je me retrouve dans une ménagerie ! Le lapin passe encore mais le loup... »

Elle se pencha sur la bête, qu’elle regarda dans les yeux comme si c’était une personne et lui dit :

« Écoute, tu dois partir, c’est une infirmerie, ici, pas un restaurant. »

L’animal baissa la tête, l’air coupable, et s’éloigna en direction de la porte.
Samuel s’étira.

« Mmh. Je me sens nettement mieux, ce matin. Merci, Dora. Je peux vous appeler Dora ? Je pense qu’il faudrait que je me dépêche si je ne veux pas manquer mon premier cours à Beaubâtons ! »

Samuel s’apprêta à se lever quand il prit conscience qu’il n’était vêtu que d’une simple chemise de nuit... Un peu gêné, il essaya de faire comprendre par signes qu’il aimerait se changer...

Kaede, qui dormait profondément quand Sam faisait son cauchemar, entendait vaguement des voix près d’elle. Elle fiti par ouvrir les yeux, l’agitation autour d’elle ayant finit par avoir raison de son sommeil. Elle redressa la tête.

« Oh, Sam ! Tu es réveillé ! »

Puis elle tourna la tête et remarqua Ambre et Dora.

« Bonjour... euh... Ambre ? »

Enfin elle vit une chose blanche escalader le lit. Elle ressemblait à un lapin et le loup le regardait avec gourmandise.

« Dis, Sam... c’est quoi ce truc, qu’est ce qu’il fait là ? »
« Ce truc ? fit Sam, d’abord sans comprendre. Ah ! Tu veux parler de « Quenottes » ? Kaede, je te présente « Quenottes », mon lapin blanc. D’habitude il vit dans mon chapeau de sorcier mais apparemment il a préféré commencer par visiter l’école, ajouta-t-il avec un clin d’œil malicieux à son animal familier. Bon, je m’excuse, mais je vais devoir m’habiller, sinon je vais finir par vraiment arriver en retard en cours. Vous aussi, d’ailleurs, termina-t-il en regardant Ambre et Kaede. Vous savez par quoi commence la journée, peut-être ? Il faut que je commence par monter vite fait dans le dortoir des garçons pour récupérer une autre robe de sorcier, je crois que la mienne était un peu déchirée... »

Samuel fit une grimace en repérant sa tenue d’apprenti magicien au fond de la poubelle de l’infirmerie. Dora Durozier avait apparemment jugé que le vêtement était irrécupérable... Heureusement que Sam était venu avec une tenue de rechange ! Il faudra quand même prévoir quelques achats, prochainement...

L’infirmière se tourna vers les élèves.

« Bon, Samuel, si tu veux bien va en cours avec ta sœur et ton amie, tu me sembles rétabli. Moi je vais retourner faire une sieste. »

Elle bâilla une nouvelle fois.

« Bonne nuit les petits ! » fit-elle en s’éloignant vers ses appartements.

Ambre rejoignit son loup près de la porte.

« Ne t’inquiète pas, Samuel, je pense qu’il aimerait bien faire de ton lapin son petit-déjeuner mais à mon avis il ne le mangera pas. »

La jeune fille se retourna vers Kaede, elle ne lui avait pas encore parlé jusqu’à présent. Elle l’observa un instant.

« Oui, bonjour... Kaede » dit-elle en reprenant le nom que Samuel avait employé pour la désigner.

Elle regarda l’infirmière disparaître. Elle ne semblait pas satisfaite de voir un loup dans l’infirmerie, Escalua la fixait à présent d’un oeil outré.

« Désolée mademoiselle, fit Ambre, mais il est venu tout seul. Je ne peux pas le faire partir d’un claquement de doigt, Esc’ à sa propre personnalité et ne tolèrera pas d’être... Jeté dehors. »

La jeune sorcière remarqua que son loup la regardait, elle soupira et s’accroupit devant lui.

« Tu vas retourner ou dans la salle commune ou dans un endroit du château du moment que c’est à l’extérieur. »

Ambre insista bien sur le mot « extérieur » et regarda son loup s’en aller, elle lui ouvrit la porte pour qu’il puisse sortir et se retourna vers les deux élèves.

« Bon, au plaisir de vous revoir » dit-elle, sans trop savoir comment prendre congé.

Et Ambre sortit de l’infirmerie pour se diriger vers son premier cours de la journée.

Samuel était admiratif devant les talents d’Ambre à réparer sa robe mais il n’osa rien demander. Il fut rassuré quand le loup quitta l’infirmerie. Il se retrouva alors seul avec sa petite sœur.

« Sacha, murmura-t-il, utilisant pour la première fois depuis qu’il était de retour à l’école le surnom qu’il donnait à sa sœur... avant. Reste bien sur tes gardes, j’ai un très mauvais pressentiment... J’ai l’impression que les Mangemorts savent que nous sommes ici. L’école est peut-être bien protégée mais on ne sait jamais... Un sorcier averti en vaut deux. »
« Ne t’en fais pas pour moi, je suis avertie, je me suis déjà fait attaqué dans le jardin par ces dégénérés ! Heureusement, ils n’étaient que deux ! »

Kaede tira de sa botte gauche la dague enchantée qu’elle avait récupéré, comme Sam, quand ils avaient quitté la maison familiale.

« N’oublie pas la tienne, grand frère, la mienne m’a déjà sauvé la vie plus d’une fois. »

Elle apprécia un moment l’éclat de la lame avant de la ranger à sa place en regardant autour d’elle, comme si elle avait senti quelque chose.

« Tu as senti quelque chose ? » lui demanda Sam.
« Non... ce n’était rien... Mais tu as raison, on doit rester prudent. Euh, je vais te laisser te hanger et aller me préparer pour mes cours. À bientôt. »
« À bientôt, Sacha. »


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