Boogeyman !

mardi 5 janvier 2010
par  Benoît
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Tiens, il m’est arrivé un truc rigolo aujourd’hui. J’étais en plein milieu d’une description que j’espère avoir été dynamique et vivante, j’essayais de décrire la laideur de Nosferatu le sinistre vampire et un mot m’est instinctivement venu à l’esprit. Bon, d’habitude, il y a pas mal de mots qui me viennent à l’esprit, je n’ai plus qu’à choisir, c’est plutôt pratique. Enfin, même s’il y a aussi certaines situations où les mots me manquent - bizarrement c’est sur ces coups-là où il valait mieux avoir le choix, mais bon, on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie... des fois, à l’inverse, on aurait mieux fait de se taire... Bon, bref, là le mot me vient et, pas le choix, il vient seul, du coup pas trop de dilemne, je l’emploie.
Sauf que, bizarrement, et c’est là où je voulais en venir, le mot en question n’est pas un mot français. Non pas que je parle systématiquement un français irréprochable - loin de là, je suis le premier à me blâmer pour quelques expressions un peu trop colorées dont je me passerais volontiers et qui, non seulement sont souvent au-delà de la plus triviale courtoisie, mais généralement aussi grammaticalement bancales, voire carrément foncièrement incorrectes - mais cette fois, il ne s’agissait pas d’une faute de goût ou de grammaire mais tout simplement que le mot en question venait d’une autre langue. Plus précisément, l’anglais. C’est un peu la seule langue qui avait la moindre chance de jaillir instinctivement des tréfonds de mon esprit embrumé à la mémoire vive d’un poisson rouge parkinsonien.
Mais, allez-vous me demander avec insistance et curiosité, quel était donc ce fameux mot, mon cher et merveilleux Benoît ?... oui, bon, vous n’ajouterez pas forcément des qualificatifs flatteurs à mon prénom, mais après tout, ça valait le coup d’essayer, non ? Bref, cher et merveilleux ou pas, j’usais du mot, finalement pas si banal, de boogyman. D’ailleurs, je vais de ce pas vérifier l’orthographe et la signification exactes de ce terme anglais parce qu’il me revient comme ça, pouf, en mémoire, mais juste au niveau du son et de l’idée, rien de très concret.

Definition
bogey, boogeyman
[Show phonetics]
noun [C]
something feared, esp. when the fear is not based on reason
Too many economists are scared by the bogey of inflation, he says.

(from Cambridge Dictionary of American English)

Bon, voilà de quoi éclairer notre obscure lanterne de la connaissance, pour ceux qui l’ignoraient, donc, le boogeyman (avec un "e", my mistake), est "quelque chose d’effrayant, particulièrement quand la peur n’est pas basée sur la raison. Merci au Dictionnaire de l’anglais américain Cambridge, même si on doit pouvoir trouver le mot ailleurs, évidemment.

Bref, bref, bref... pourquoi diable faire tout un foin avec ce fameux boogeyman, alors donc ? Hé bien tout simplement parce que la chose m’est venue d’instinct. Moi je trouve ça particulièrement notable - suffisamment, en tout cas, pour vous raconter l’anecdote ici même , assaisonnée de mon blabla habituel. Alors, qu’est-ce qu’il y a de si formidable à dire à haute voix, d’instinct, un mot dans une langue étrangère ? Hé bien d’abord, le simple fait d’avoir pensé à l’anglais avant le français. Pour être honnête, ça va même un peu plus loin puisque même après avoir réalisé que je venais de passer d’une langue à l’autre, quand j’ai essayé de corriger le tir, je me suis retrouvé dans l’incapacité momentannée - mais prolongée - de ne pas trouver d’équivalent en français. Alors que, bon, j’aime me le répéter, mais le français, c’est quand même ma langue de base, et je m’y connais plutôt pas trop mal dedans. Enfin, je trouve. Mais bon, je trouve que je suis assez génial et très très beau, des fois je m’exagère un tout petit peu aussi, allez savoir...

Donc si vous m’avez suivi jusque là, la conséquence vous saute maintenant aux yeux : Benoît se met à penser en anglais, pire, à parler en anglais ! Halala, où va le monde, mon brave monsieur ? Hé oui, de mon temps, si vous saviez, halala, tout ça c’est à cause de leurs satanées bombes, il nous trafiquent le climat, c’est moi qui vous l’dit... Bof. Moi je trouve ça plutôt chouette, en fait. Mon papa, il pense souvent en anglais, ça nous faisait beaucoup rire mes frères et moi quand on était petits. Il nous racontait des histoires de science-fiction pour nous endormir, qu’il traduisait directement - et sans doute assez librement - des bouquins qui lisait ; la SF étant un genre littéraire hautement dominé par les anglo-saxons et mon père ayant la chance de savoir lire aussi bien en anglais qu’en français, il en profite pour lire ses romans et nouvelles directement dans la langue de Shakespeare. Et en nous racontant ces fameuses histoires - dont certaines sont d’ailleurs encore totalement inédites en français, c’est-y pas tristes, ma brave dame ? Hé oui ça c’est la crise, et le pétrole qui flambe en Irak et tout ça, si vous saviez les magouilles, halala, tous les mêmes, moi j’vous dis... - hé bien en nous racontant ces histoires, papa faisait souvent des lapsus et nous sortait un mot en anglais ou milieu de sa passionnante narration. Des fois, il avait même, justement, toutes les difficultés du monde à retrouver derrière un équivalent français. Bref, je me mets à radoter comme mon père, vous allez me dire... bah, si ça signifie que je me mets à comprendre l’anglais suffisamment bien pour être capable de l’utiliser instinctivement, moi je trouve ça plutôt sympathique.

Bon, deux ou trois minutes après avoir bloqué sur boogeyman, j’ai fini par me souvenir que je voulais parler, en fait, de croquemitaine (vous savez, le bonhomme ignoble qui terrifie les enfants qui ne veulent pas aller dormir ?) et là j’aurais été français pur jus, ça auraité été plus classe. Croquemitaine parce qu’il est vilain, il croque les mitaines, c’est à dire les gants en laine qui ont des trous au bout des doigts, là... du coup il doit croquer quelques doigts aussi, et ça fait peur, quoi. Mais si j’avais trouvé mon joli mot français tout de suite... on n’aurait pas pu se retrouver au fil de ces quelques lignes de blabla complètement inutile... et ça aurait été dommage !

...

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