Le croisement

mardi 5 janvier 2010
par  Benoît
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Mes pérégrinations urbaines me font beaucoup réfléchir.

Quand je marche, ou quand je dodeline de la tête dans un autobus qui me secoue trop pour me permettre de lire sans déchirer les pages ou vomir mon dernier repas (je suis un peu malade en voiture quand je ne conduis pas et que je ne regarde pas la route...) il faut bien que je m’occupe. Siffloter, chantonner, c’est bien beau, mais si ça fait passer le temps, ça ne sert pas à grand chose d’autre. Disons que ça me permet de comprendre rapidement l’humeur dans laquelle je me trouve. Je me rends compte que je suis en train d’interpréter (d’une façon d’ailleurs généralement très... personnelle, disons que ’faut pas être trop difficile sur la qualité) un thème musical qui est assez connoté. Si je suis de bonne humeur, le choix musical tombera sur des morceaux joyeux et entraînés. À moins que ça ne soient les paroles, même si je ne les prononce pas, qui évoquaient un élément joyeux, ou correspondant à l’état d’esprit et à l’humeur du moment.

quand j’ai assez siffloté comme ça, quand j’ai compris où mon humeur était située dans le baromètre psychologique de mon inconscient, je me penche plus silencieusement sur d’âpres questions inutiles mais indispensables. Les exemples, aussi nombreux que parlant, commencent à émailler ce blog incompréhensible mais joyeux.

Une idée qui m’est venue de la même manière concerne la diversité des moyens de transport. Il y a comme une image poétique de la vie moderne qui s’est brutalement imposée à moi.

La première fois, je marchais tranquillement dans une rue descendante et fort passante du centre d’une petite ville de la banlieue nantaise. Tu vas me dire, ami lecteur, qu’il est toujours fourré en banlieue, celui-là, quelle mauvaise graine, alors, mais je te répondrais oh que non, vu que si je m’aventure en ces terres reculées c’est pour porter la bonne parole de notre noble et belle langue qu’est le français, dans le but de gonfler les connaissances littéraires et surtout les notes d’élèves, généralement de classe de première, voyant le bac approcher avec appréhension. Accessoirement je me fais un p’tit peu de sous aussi, ce qui est assez utile également, non plus pour la société mais pour ma petite personne.

Bref, je descendais ladite rue avec mon ardeur coutumière, jetant de larges coups d’œil aux devantures des boutiques, aux consommateurs des comptoirs de bar-tabacs qui me rendaient un regard globuleux et amorphe, et aux jeunes demoiselles courtement vêtues qu’un heureux hasard avait placées sur cette rue.

Et là, mon attention pourtant bien captivée se retrouve happée par une sensation étrange, comme un déjà-vu, mais en pas pareil, quand même. Un peu comme si le hasard, là encore, s’était amusé à me jouer un petit tour à sa façon pour me montrer que oui, si on lance plein de fois les dés, on peut arriver à faire un Yam du premier coup, ça arrive.

Présentement ça n’étaient pas des dés qui traversaient la rue mais plus exactement un simple autobus. Quel intérêt y a-t-il à s’extasier devant un autobus en plein centre-ville ? me demanderas tu d’un air ahuri. La question pourrait se poser si ce autobus ne passait pas devant la ligne du tramway, pile au moment où, justement, un tram passait par là, sonnant de sa cloche claire et chantante pour avertir les piétons de son arrivée. Bon. et alors ? Un bus qui passe devant un tram ? La belle affaire ! Soit, mais je n’ai pas terminé. Il se trouve qu’évidemment, la rue était largement garnie de voitures, de belles automobiles à l’arrêt comme on en voit aux heures de pointe, crachant leur lot de fumée et de pestilence. Au milieu de ces automobiles pétaradantes, elles-mêmes devant un autobus qui laissait passer un tramway, un cycliste se faufilait adroitement dans la circulation encombrée pour traverser la chaussée sans attendre le signal lumineux adéquat. Le vélo n’était pas encore passé qu’un grondement me fit lever les yeux.

Au-dessus de ce tableau urbain, un avion de ligne achevait sa descente sur l’aéroport local, passant exactement dans l’axe de ma rue.

Je devait être à un croisement du monde.


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