01 - Où l’on devient... une Ombre

Introduction au Monde des Ténèbres
mercredi 12 octobre 2005
par  yoda
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Un jour de printemps, Grèce, vers 1200 av. J.C.

C’est le jour du départ. Il y a quelques lunes, mon père m’a annoncé que je serai de son prochain voyage. C’est mon treizième printemps, et je pense qu’il souhaite passer un peu de temps avec moi, parce qu’il envisage mon mariage. Je le sais, j’ai surpris des regards, des conversations brusquement interrompues. Ce sera le fils cadet du vieux Achille, son partenaire en affaire. Il est probable qu’Achille laissera son affaire à mon futur mari très prochainement, c’est pourquoi mon père m’emmène. Il veut m’apprendre le commerce avec les terres lointaines, afin que je devienne une aide précieuse pour mon mari dès qu’il remplacera Achille.

J’ai déjà une éducation classique complète. Je sais lire, coudre, tenir la maison, les esclaves, et les cordons d’une bourse. Ce voyage, le premier, et sans doute le dernier de ma vie, devra m’ouvrir la tête à ce qu’affrontera mon mari dans sa vie de marchand.
Mon père ne m’a pas caché qu’il comptait profiter de mes capacités naturelles à attirer le client lors de ce voyage. Quel naïf ! Il croit que je ne suis pas consciente que ma beauté envoûte les hommes, et que c’est cela qui fait vendre, pas un talent de persuasion. Je ne lui ai rien dit de ce que je soupçonne, que ce soit à propos de mes talents commerciaux ou du mariage. Ce qui m’importe, c’est que je pars dans quelques heures. Les valises sont faites. Je n’ai pas oublié de dissimuler dans mes vêtements la dague que mon père m’a offerte. Ishra, son esclave qui nous servira de garde du corps, m’a appris à m’en servir. Les dangers ne seront pas absents du voyage, mais cela ne fait qu’ajouter à mon excitation. L’aventure me guette !

Automne

Nous avons visité la Crète, fait escale en Egypte, puis repris la mer avec une cargaison de bois précieux en direction de la Philistie. Nous avons essuyé en mer une tempête qui a bien endommagé le navire, et nous devons rester sur ces terres quelques temps pendant les réparations. Mon père ne veux pas perdre de son temps précieux, et nous voila en train de visiter les marchands de la ville afin de négocier une cargaison d’épices. Nous en avons rencontré un particulièrement intéressant, Juda, un israélite. Père m’a expliqué que ce peuple, aux rites étranges, est arrivé depuis peu dans le sud de la Philistie, qu’il est puissamment armé et qu’il a conquis son pays à la force des armes, après s’être enfui d’Egypte où il avait été réduit en esclavage. J’ai entrevu l’apprenti de ce marchand, et mon coeur a fait un bond dans ma poitrine. Il est d’un beauté divine, je pensais avoir face à moi Apollon incarné en humain. J’espère de tout coeur que ce sera avec Juda que mon père fera affaire, j’ai hâte de revoir son aide.

Quelques jours plus tard

Mon père et Juda sont en train de conclure l’affaire, ce qui me permet de revoir cet homme qui ressemble tant à un dieu. Ce n’est pas seulement l’apprenti de Juda, c’est aussi son fils. Il se prénomme David, quel prénom magnifique ! Il m’a dit qu’il signifie « aimé de Dieu ». J’ignore si son dieu l’aime, mais en ce qui me concerne, il n’y a aucun doute. Mon avenir me paraît maintenant si terne. Penser que je vais me marier non avec David, mais avec le fils d’Achille, m’est douloureux. Tous les soirs je sanglote dans mon lit.

Hiver

David et moi venons d’arriver à Bethselem, un village d’une centaine d’habitants. Nous n’avons pas eu le choix. Mon père refusait bien évidemment mon mariage alors qu’il m’a promise à Achille pour son fils. Juda refusait également de voir son fils épouser une païenne, et ce même si je suis disposée à me convertir. Je ne suis pas du sang d’Abraham, avait dit Juda, et son fils ne peut épouser qu’une femme descendant de leur patriarche Abraham, père de son peuple. Nous avons donc fuit, tous deux, au plus profond d’Israël, la terre que Dieu a promis à son peuple. Je ne peux pas encore épouser David. Il me faut tout d’abord suivre les enseignements du rabbin pour me convertir. L’histoire de ce peuple et ses lois, toutes ces choses que je dois connaître car elles ne sont pas écrites. J’apprends également la langue avec laquelle ils conversent entre eux, cela me permettra de m’intégrer dans la communauté des femmes du village.

5 ans plus tard

David est mort. Hier, tandis qu’il réparait le toit de notre maison, il a fait une chute. Je l’ai vu se vider de son sang par une vilaine blessure sans rien pouvoir faire. Tout ce sang et cette vie qui s’écoulait de lui et moi impuissante, incapable de le ramener à la vie. J’ai déjà vu partir les deux enfants (Josué et Rachel) que je lui ai donnés, emportés par des maladies. Il me reste un espoir, c’est celui que je porte en moi. J’ai perdu mon bien-aimé, je n’ai plus que son enfant à naître à chérir.

Quelques jours plus tard

J’ai décidé de partir. A Bethselem, tout le monde est très gentil, mais ils ne peuvent s’empêcher de me faire sentir que je n’appartiens pas à leur peuple, que ma conversion n’a pas été suffisante pour être des leurs. J’ai ramassé le peu d’affaire qui m’appartenait et je vais rentrer en Grèce. Mon père ne voudra sans doute pas me pardonner et je ne pourrai refaire ma vie - je suis veuve d’un étranger, imprégnée d’une religion qui méprise les idoles des Grecs. Mais j’ai cet enfant en moi, et mon père ne pourrait rejeter un petit-fils, je le connais trop pour cela. J’espère que c’est un garçon.
Je voyagerai déguisée, je sais trop bien comment ma beauté suscite la sympathie et les questions indiscrètes.

Quelques mois plus tard

Je viens de retrouver la Grèce. Je réalise enfin à quel point mon pays, sa culture, son raffinement, me manquaient. Mon état ne me permet pas de parcourir la longue distance qui me sépare de la maison de mon père. Mais je viendrai sitôt avoir accouché, un bébé qui sera de sa chair dans les bras.

Plus tard

Samuel est né, et il n’a même pas poussé de premier cri. C’est un enfant qui n’a jamais respiré que j’ai tenu dans mes bras. Je l’ai enterré enveloppé d’un drap comme le font les juifs, en priant Yahvé de garder son âme. Je ne suis pas retournée à la maison de mon père, je n’avais plus rien à lui apporter. Je n’ai plus de mari, plus d’enfant, plus rien qui m’attache à la vie. J’ai commencé à me laisser mourir, à ne plus me nourrir. A 19 ans, j’ai l’impression d’avoir bien plus vécu que beaucoup de mes aînés. Mais beaucoup moins à vivre. Cependant, il me faut rester sur cette Terre, jusqu’à ce que Dieu me permette de la quitter.
J’ai trouvé un emploi de copiste dans le petit village de Microsthalos non loin d’Athènes.. Mon employeur, Ercanthos, un philosophe riche et excentrique, collectionne les rouleaux. Je le vois fort rarement, mais satisfait de mes services, il me laisse occuper une aile de son immense maison. Rites ésotériques, histoire de l’Egypte, astrologie babylonienne, équipement militaire des phalanges, tout ceci défile sous ma plume quotidiennement. Ce métier, non content d’être reposant et de me permettre de me remettre de mon voyage éprouvant, me permet d’apprendre bien des choses. Ces connaissances me réconcilient avec la vie, petit à petit, au long de ces nuits dans ce village si paisible.

Deux ans plus tard

Ma vie - puis-je d’ailleurs encore parler de vie ? - a pris un tour bien singulier depuis quelques jours. Il me faut me remettre mes idées en place pour tout raconter dans l’ordre, sans rien omettre.
Tout a commencé avec ces attaques de loups. Pas les premières depuis mon arrivée à Microthalos, mais fort inhabituelles en cet été. Suite à la mort de Nikos déchiqueté par ces bêtes sauvages, Athènes a envoyé quelques militaires. Je ne suis pas allée les voir. Je ne me mêle pas plus qu’il y a deux ans à la population du village. Je sais qu’ils parlent dans mon dos, mais je préfère cela à ce qu’ils sachent que je renie toutes leurs croyances. La nuit de l’arrivée des militaires, j’ai été réveillée par de grands coups à la porte. Un homme complètement nu, dont j’ai su ensuite qu’il s’appelait Miet, voulait voir Ercathos. Je lui ai ouvert parce qu’il était avec l’un des membres du village, un pâtre du nom de Kelindros, arrivé dans les mêmes temps que moi et semblant porter lui aussi un lourd passé. Cet homme nu et sale s’est mis à fouiller dans la maison à la recherche d’Ercanthos. Revenu bredouille, il me fait subir quelque chose d’atroce et de divinement bon à la fois. Cet homme m’a empoignée, mordue dans le cou, et s’est sustenté de mon sang. Alors que je sentais la mort s’emparer de moi, il m’a fait boire du sien, et ce nectar m’a ramenée à la vie. Cette nuit mystérieuse ne sest pas arrêtée là. En reprenant mes esprits, je suis sortie et j’ai rencontré un homme qui m’a dit chercher une femme. Mais la description qu’il m’a donnée ne correspondait à personne de ma connaissance depuis 2 ans de vie ici. d’ailleurs, j’ai immédiatement su que cet homme, Xeres, n’était pas humain. Puis tout s’est enchaîné. Un énorme loup, d’aspect humain, s’attaquant à Ercanthos - j’ai appris plus tard que c’était un loup-garou, un de nos ennemis. Du sang, du sang partout. Puis la fuite du loup, l’homme et son ami nu donnant du sang à Kelindros et au militaire agonisant, miraculeusement guéris ensuite. Et la révélation. Nous sommes devenus des ombres, des êtres immortels mais maudits, devant fuir la lumière solaire et le feu et nous nourrir de sang humain. J’ai tout d’abord refusé cette nature. Plutôt mourir que me nourri de sang, cette nourriture impure que Yahvé nous a interdit. Mais le lendemain, affamée, après mes échecs dans mes tentatives de me nourrir de sang de bétail, j’ai tué le chef du village pour me repaître de son sang. Bouleversée par ce crime, j’ai néanmoins compris que la bête en moi ressurgissait au manque de sang, et qu’il me fallait me nourrir régulièrement si je ne voulais plus tuer. Cet homme bon avait une femme, des enfants. C’est comme si j’avais tué David. Lorsque je rejoins mes compagnons d’infamie, leur décision de rejoindre Athènes est prise. Je suis partie avec eux.
Nos débuts à Athènes ont été difficile. Se nourrir n’a pas été le pire. Les humains sont si facile à séduire ! La difficulté a été de trouver un abri des rayons du soleil. Nous avons dû nous enterrer le premier jour. Armenios, pas assez rapide, a été gravement brûlé. La seconde nuit, nous sommes allés dans les égoûts, où nous avons rencontré l’un des nôtres qui nous a expliqué la suituation. Mais c’est la seule nuit qu’Hector nous autorisera à passer dans son antre. La nuit suivante, le roi est rentré de la guerre de Troie. Nous avons constaté qu’il était une ombre comme nous. Enfin, nous avons trouvé une maison abandonnée dans laquelle nous avons pu nous installer.


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