Kama et Kami

mercredi 21 septembre 2011
par  Asshâni
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La lune brillait déjà haut dans le ciel alors que mon père nous donnais les dernières instructions pour mener le troupeau à pâturer dans les contreforts des montagnes enserrant le village.

Ma sœur Kami, dissimulait bien son inquiétude, elle jeta un dernier coup d’œil à notre mère, l’enlaça et revérifia pour la énième fois son son paquetage sûrement pour se donner une consistance. Son attitude trompait peut être la famille mais pas moi, sa soeur jumelle. d’ordinaire enjouée elle ne pipait mot.

Tous le monde était nerveux, des histoires de démons nous était parvenu de villages voisins, l’on disait même que les troupeaux mourrait sous sa colère et que les gens trépassait à sa vue, ce n’était qu’une rumeur, comme il s’en conte tant d’autre à la veillée, mais le village avait décidé de prendre toutes les précautions en notre pouvoir : c’est à dire pas grand chose.
Nous avions érigé une palissade de bois à la hâte, et des hommes montait la garde à tour de rôle durant la nuit.

J’assurai mon père que nous serions revenues comme convenu à la prochaine lune ; il faisait froid et Kami et moi l’on frissonnait sans s’en rendre compte.
Mon père nous fis signe d’attendre un peu et rentra précipitamment dans l’humble maisonnée, et en ressortit avec deux vêtements en fourrure de loup, seul vêtement chaud en possession de la famille et qui je le savais nous servais aussi de couverture lorsque mes petits frère et sœurs dormions près de l’âtre de la maisonnée.

"non père je ne peux accepter, tout ira bien nous dormirons avec les chèvres, et puis comme tu te plais à le répéter le froid n’a jamais tué personne !"
"Allons ma fille, l’on peut s’en accommoder, je pourrai toujours mettre un peu plus de buches dans le feu, mais vous vous n’aurez pas ce confort !"
Je prenais à contrecœur les vêtement consciente du sacrifice de notre famille pour notre bien être.

Une dernière accolade, je sentais que ma soeur avait hâte de partir, les adieux n’ont jamais été son fort, alors j’abrégeai les "aurevoir" et l’on se mis doucement en route.
La neige du printemps s’enfonçait mollement sous nos pas, neige qui ne semblait pas gêner les chèvres qui folâtraient le long du chemin...
Ce n’était que la seconde fois que nous faisions seules cette dure besogne, mais Kami et moi étions arrivée à l’age de s’acquitter de ce genre de corvée afin d’aider notre famille. Les parents s’usaient à la tache, juste assez pour nourrir les bouches de la famille, j’espérai qu’avec notre aide, les cieux allait s’éclaircir pour nous tous.

Ma sœur était perdue dans ses pensées, je l’interpellai "Dis voir au fait, tu crois que je ne t’ai pas vue à faire les yeux doux hier au fils aîné de Sakrit ? dis moi tout petite effrontée !"

Kami rougit "non il ne se passe rien entre lui et moi je t’assure"

"Allons, je suis ta jumelle et en cela je puis t’assurer que tu mens aussi mal que moi ! Tu pense qu’il t’invitera à la fête du printemps ? Je t’envie un peu tu sais Ka."

Son regard se perdait loin devant dans la frondaison des arbres, elle répondit, le souffle légèrement haché par la marche "Tu sais je ne sais même pas si il arrive à faire la différence entre toi et moi, parfois je me demande si..."

"Si quoi ?"

"Non rien oublie ça, je tient beaucoup à lui c’est tout, quant à toi tu ne remarque même pas que les hommes qui te tournent autour, si tu arrêtait de penser à la famille et que tu faisais un peu plus attention à toi, tu trouverai un homme en un claquement de doigt !"

Elle semblait retrouver un peu de gaieté, elle aimait notre famille profondément, mais s’en cachait aussi souvent que possible. Elle faisait mine de penser à sa personne, mais c’était elle qui s’occupait le plus de nos cadets. Je pense toutefois qu’elle savait aussi bien que moi que dans peu de temps nous allions devoir prendre mari et quitter le nid familial, mais par dessus tout que nous allions devoir nous séparer, cela serait particulièrement douloureux.
Nous avions passé toute notre vie ensemble, Kami espiègle depuis toute petite ne cessait de m’embarquer dans toutes les bêtises possibles et imaginables, mais je marchai dedans avec plaisir, qu’il était bon d’avoir son double nous nous sentions exceptionnelles, au dessus du lot, c’était grisant, les autres ne pourraient jamais comprendre, alors vivre à part, j’aurai aimé que ça n’arrive jamais. Je croisais son regard et sans un mot nous sûmes que nous pensions à la même chose.

Après deux jours de marches l’on arriva enfin aux pâturages, le plus long restait à venir, ceci dit à deux le temps passe plus vite. C’était un temps de félicité, on surveillait les bêtes, tout en devisant sur la vie. Parfois ma soeur se lançait dans des monologues sur la vie, me demandant à intervalle régulier mon assentiment "... il est vraiment grand et fort, et je pense qu’il ferait un mari parfait pour toi, hein Kama ?"
Ce babillage avait le don de me sortir de mes rêveries. Je me perdait souvent dans mes songes à me demander ce qu’il y avait au delà des montagnes.

Oh j’avais entendu des voyageurs qui nous avait conté lorsque nous étions que des gamines, des histoires de mares si grande qu’elles s’étendait jusqu’à l’horizon, ou bien de pays où le soleil ne descendait jamais dans le ciel, brulant tout sous ses rayons, ou bien des maisons en pierre aussi haute que le plus grand des arbres des forets ...mais c’était les même qui nous racontait les histoires de loups marchant sur leur pattes, d’esprit de la foret, ou colportaient les rumeurs comme le démon ; difficile de les croire au final, je n’avais jamais rien vu et de toute façon je pressentait une vie calme et paisible, quelques enfants un mari aimant, j’aspirai à tout ça, ma vie appartenais à ces terres, je priait les dieux de m’écouter, si seulement j’avais su à ce moment qu’ils avaient de tout autre plans pour moi et ma sœur et qu’ils allaient m’ouvrir les yeux sur l’inimaginable.

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Les semaines passèrent ainsi paisiblement, emmitouflées dans nos fourrures le froid des nuits étaient supportables, les bêtes semblaient heureuses, et Kami s’impatientait de redescendre afin de retrouver son soupirant.
Le moment du retour je réunissais une dernière fois le troupeau et demandais à ma sœur de s’occuper de l’arrière de la colonne de bêtes.

Au deuxième jour alors que nous étions presque arrivées j’eus un mauvais pressentiment, la foret était calme, rien ne semblait bouger comme figé dans la glace, pas un oiseau pépiant, la forêt elle même semblait retenir son souffle, les chèvres bêlaient, affolées.
Lorsque l’on sortit de l’orée du bois et que l’on vit enfin le village en contrebas, le foudre des dieux me stoppa net, hébétée je voyait des corps gelés et massacré à l’entrée, la neige teinte de sang, tout basculait dans un mauvais rêve, je voyais ces corps sans vie et restait planté là, c’est lorsque que Kami me dépassa en hurlant que je me ressaisi et me mis à courir derrière elle.

Elle hurlait au désespoir, et plus rien n’importait, on trébuchait soulevant de la poudreuse courant le plus vite possible. A ce moment, quelque part en nous, nous savions, mais l’on espérait que quelque chose aller dissiper ce cauchemar hélàs plus l’on se rapprochait et plus l’inimaginable devenait réel.

Trois morts s’étalaient dans la neige à l’entrée, tué dans le dos, et depuis l’entrée le spectacle était pire : le village entier avait été massacré sans pitié, nos amis, nos voisins, nos anciens même les enfants gisaient ça et là, recouvert d’une fine couche de neige, arrêtés dans leur fuite, leur sang parachevant ce triste décor. Tout n’était que désolation et mort.

Je ne comprenais pas, je ne comprenais rien, Kami hurla soudainement plus fort et se mis à genoux près d’un corps... je ne savais que trop bien qu’elle venait de trouver son aimé, je m’agenouillai à ses cotés, lui posait la main sur l’épaule, mais rien ne calmait ses cris qui semblait se transformer en rage.
Ce fut moi qui eut le courage d’aller à la maison, je me préparai à ce que j’allais voir, même si une petite partie de moi gardais espoir... je poussai doucement la porte et tombais sur l’indicible : mon esprit contemplait sans pouvoir réaliser la scène de mes parents, petits frères et sœurs égorgés comme des bêtes, mon corps refusait de bouger, comme si cette image se gravait lentement dans mon cœur, je sentais en parallèle monter un désir douloureux de violence et de vengeance : les Dieux nous avaient maudis.

Je me souviens par la suite d’avoir agis mécaniquement, je pris deux couteaux sur la table, ce qui servaient à dépecer les bêtes, et à la façon de nos hommes lorsqu’ils partent au combat je me badigeonnais le visage et le corps de sang encore frais.
Kami les yeux fous, l’ai aussi déterminé que moi m’attendait dans l’embrasure de la porte, je lui donnai une lame et lui peignis aussi les symboles sacrés, nous ne disions pas un mot, nous nous comprenions sans cela de toute façon.
On quitta la maison et sans vivres, sans paquetage, aveuglées par la haine, l’on partit sur la piste de ce qui avait fait ça que Kami trouva facilement : des traces d’un cheval partait vers l’est.

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Un seul être avait pu faire ça ? de nouveau ma sœur et moi nous nous regardâmes pendant quelques secondes, pas un mot mais je comprenais qu’elle aussi réclamait vengeance, et l’on partit d’une foulée rapide sous les frondaisons enneigées.
Démon ou pas, ma sœur et moi nous allions nous venger, coûte que coûte.


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